Accueil » Acheter un magazine » Culture & Histoire » Mythologies magazine » Mythologie(s) n°65
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Tout comme les premiers Européens observaient déjà, à l’époque de Muromachi et d’Edo, la diversité des rites japonais, nos touristes contemporains demeurent frappés par l’abondance et la vitalité des fêtes de l’archipel. « Certes, le processus de “désenchantement”, qui affecte partout les croyances religieuses, touche aussi les pratiques festives, mais il n’est pas rare que la signification archaïque de ces rituels affleure encore sous la surface désacralisée de leur dérivation moderne, ce qui fait du Japon un musée ethnographique vivant », observe Alain Rocher, grand spécialiste des religions et de la mythologie japonaises.
Au printemps, cette profondeur affleure dans les kagura, ces danses rituelles où les gestes codifiés et la musique sacrée perpétuent l’ancien dialogue entre les humains et les divinités. Elle se lit aussi dans Hina matsuri, la fête des petites filles, dont les poupées hiératiques protègent symboliquement la maisonnée. Avec Shunbun no hi, célébration de l’équinoxe, le pays tout entier marque le passage des saisons, rappelant que l’harmonie cosmique demeure un idéal partagé.
L’été, plus flamboyant encore, déploie une autre facette de cette continuité. Le Chaguchagu Umakko, procession colorée en hommage aux chevaux de ferme, dit la gratitude envers les
forces laborieuses du monde rural. Le Sanja matsuri, l’une des plus grandes fêtes de Tokyo, fait vibrer les quartiers populaires au rythme des mikoshi, ces « palanquins divins » portés à bout de bras, rappelant que la ferveur communautaire reste un moteur puissant de la vie urbaine. Plus récents mais tout aussi révélateurs, Umi no hi, le Jour de la mer, et Yama no hi, le Jour de la montagne, célèbrent les paysages qui façonnent l’imaginaire japonais et rappellent notre dette envers les éléments.
À travers ces fêtes, anciennes ou réinventées, le Japon montre que la modernité n’a pas effacé la mémoire des gestes fondateurs. Elle l’a parfois déplacée, parfois adoucie, mais jamais
réduite au silence. Comme l’écrivait Kunio Yanagita, fondateur de l’ethnologie du folklore japonais : « Les traditions ne disparaissent pas ; elles changent de lieu dans le cœur des hommes. »
À méditer, mais à lire également dans ce numéro.
Bertrand Audouy, rédacteur en Chef
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