La femme en littérature

La femme en littérature – Version numérique

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Le reflet des rôles

Dans Le Menteur, Corneille est formel : « […] quand une femme a le don de se taire, Elle a des qualités au-dessus du vulgaire. » Mais, « je consens qu’une femme ait des clartés de tout », nous rassure Molière, un peu plus éclairé, à la bougie s’il vous plaît, du danger des savantes caricaturées en précieuses ridicules. Aujourd’hui, la Grande Peur ressurgit. Notre Occident devenu gynocentré est progressivement dirigé et dominé par le « sexe faible », nous alertent des jeunes et vieux masculinistes, tout tremblants à l’idée qu’on leur coupe le kiki et le sifflet. On les comprend, surtout le docteur Freud. Mais loin de la psychanalyse, la littérature, française, pourrait les rassurer (ou non). Quels rôles y tiennent les femmes, à travers des personnages, mais également comme écrivaines ? La question mérite d’être posée pour suivre l’évolution des mœurs et des mentalités.

Par exemple, le sujet de la réouverture des maisons closes, gérées « en mode coopératif » (bientôt en famille ?), relancé par l’extrême droite, garante de nos valeurs morales, nous interroge sur « le plus vieux métier du monde » (après l’agriculteur du néolithique). Qu’en est-il du traitement de la prostituée dans la littérature ? Est-il le reflet des bas-fonds de la société, ou participe-t-il à une idéalisation ? Autre question, plus légère : malheureuses en mariage, pourquoi de nombreuses épouses sont-elles insatiables et goulues au Moyen Âge ? Le sujet plaira, à condition de goûter aux lais de Marie de France, première femme de lettres en Occident à écrire en langue vulgaire (la nôtre) entre le XIe et le XIIe siècle. À ne pas confondre avec Marie de France, comtesse de Champagne qui anima dans la seconde moitié du XIIe siècle, l’un des foyers intellectuels les plus brillants de l’Europe médiévale. Des êtres insatiables, donc. Les pures amoureuses de la scène romantique, miel de comédies sucrées hollywoodiennes, ont-elles rétabli l’équilibre ?

Derrière ce cliché et les héroïnes stéréotypées, George Sand appela ses lecteurs à reconnaître l’inégalité profonde qui régissait les rapports entre mari et conjointe(s). Un siècle plus tard, dans cette veine féministe, la Seconde Guerre mondiale, défaite de l’honneur masculin dans la France pétainiste, donna paradoxalement une place inédite aux écrivaines et aux actrices de la Résistance. Dans les fictions du grand conflit, la guerre des femmes se raconte soudain à égalité avec celle des hommes. Et comme la demande d’égalité n’est pas une guerre en soi, mais la quête d’un équilibre naturel, la littérature témoigne de plus en plus de ce mouvement de fond qui concerne la moitié du pays, électrices et lectrices à la fois.

Publié le 20/06/2026

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